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Le conte du poussin

arton5Once upon a time, anywhere dans un petit coin tranquille, une ferme familiale encastrée dans l’embrasure d’une vallée, offrant généreusement ses façades aux soleils de la journée.

Jouxtant l’habitation, l’étable, surplombée d’une grange, héberge aux heures les plus chaudes, ou froides, de l’année, deux vaches, le mulet, une chiée de chèvres et de moutons, les lapins et la volaille. Revigorée par la chaleur engendrée par tant d’habitants et attiré par leurs déjections, une mouche, virevolte, se posant ça et là pour goûter à tout et profiter de l’instant… Qui s’écourte brusquement lorsqu’ un bec la happe et l’avale avant d’entamer, de satisfaction, un des nombreux gloussement du panel des poules. Il y a des moments… Et il y en a d’autres… C’est, d’ailleurs, par un autre de ces gloussements, fier à exciter n’importe quel coq à la ronde, que swimmin, une poule voisine, fit savoir ce matin là qu’elle avait pondu dans un petit coin de paille encore chaud et que comme ça commence à faire pas mal d’œufs au même endroit qu’il fallait plus venir la titiller parce qu’elle couvait. Alors elle s’installa sur ses œufs et s’appliqua à les garder à une température douce et constante. Utilisant pour cela l’ancestrale stratégie de l’immobilité. Sans bouger, tranquille, recroquevillée, assoupie, un œil aux aguets, en attente, attendant, sur place,…

Cette histoire aurait pu durer 21 jours de plus. Abrégeons. Pendant ce temps là, l’été est bien installé et lorsque les premiers œufs éclosent, laissant apparaître tout d’abord des diamants, puis tout le reste des poussins, la nature, à l’extérieur, commence, elle aussi, à porter ses fruits. Dans un éclatement de feuilles, de fleurs,de soleil, d’activités vrombissantes, chantantes, mangeantes et courantes, ces petites boules de duvet, sitôt réchauffées, découvrent leur environnement proche.

Après quelques minutes d’exploration autour du nid, les petits poussins s’aventurent, autour de leur mère affamée, dans la cour. Et vas y que j’te gratte dans tout les coins et que je picore au large. Devant les exemples expérimentés de leur mère tout le monde s’essaie à manger tout ce qui l’entoure.

Dans cette recherche gastronomique forcenée, le petit poussin jaune est insatisfait, en constante recherche d’autre chose. Les grains énormes qu’avale maman ont bien du mal a passer dans son petit œsophage.

S’éloignant un peu des ailes maternelles, il entame sa quête du Graal, sa recherche du sens de la vie, son long parcours semé d’embûches, pour atteindre, inaccessible étoile , au bout d’une odyssée,
… Qu’un violent orage d’août écourta !

Il était encore trop tôt petit poussin et il du attendre pelotonné dans l’enchevêtrement de duvet familial que l’averse passe.

Et là, oh surprise, sur un fond de volutes grises et noires se dessinait une arche colorée…. Le petit poussin sut immédiatement que c’était ça qu’il voulait pour son quatre heures.
Fort de sa vision de l’éden, le petit poussin se promenait, maintenant, à travers la ferme en racontant à qui mieux mieux et à qui voulait l’entendre, le spectacle de la merveille colorée qu’il rêvait de dévorer.
Malheureusement, tout à chacun lui racontait qu’on appelait ça un arc en ciel.
Et qu’il n’y en avait jamais dans les mangeoires et qu’il comprendrait plus tard…. Alors, bien déçu par cette réalité, le petit poussin s’essaya hors des sentier battus et, profitant de sa petite taille, commença à se faufiler hors de la basse-cour. Là, il découvrit les chats et leur appréhension à se glisser dans les ronces, mais surtout le jardin.

Le poussin passa pas mal de temps à jouer dans ce labyrinthe de plantes de toutes tailles et de toutes formes, jusqu’au moment où il découvrit une framboise, molle à picorer, avec dans chaque drupéole un petit grain qui glisse tout seul jusqu’au gésier. Et d’un rouge profond,.. rouge, comme la face externe de l’arc en ciel…

Enthousiaste, le poussin se mit en tête de découvrir les autres couleurs pour connaître leurs goûts. Mais tout d’abord, c’est en passant des fraisiers aux groseilliers qu’il se rendit compte que le rouge pouvait avoir des saveurs différentes selon sa forme, selon son rouge.
Des étoiles dans les yeux, il commençait à entrevoir un monde auquel toutes les bêtes voulaient lui fermer l’accès. « Ah si elles savaient » se disait le poussin, et il courrais dans tous les sens à la recherche de nouveaux goûts et couleurs, en oubliant même, parfois de piailler pour dire à sa mère où il était. La déception fut dur sur le orange des courges à la peau si épaisse et le poussin eu un doute. Se pouvait il que seul le rouge ne soit représenté ici bas ? Même avec plusieurs saveurs différentes ça ne pouvait être satisfaisant.
Un long passage de déprime et de réflexion s’ensuit alors, le poussin traînant ses rémiges naissantes dans le poulailler.
Un jour, il s’aperçut même qu’il était devenu trop gros pour ses escapades d’enfants.
La vie perdait totalement son sens, jusqu’à ce jour où lui tomba sur la tête une boule jaune. levant les yeux, il s’aperçut qu’elle venait de l’arbre au dessus de lui et abaissant le regard, il se rendit compte que toute la basse-cour savait que c’était bon, à voir comme ils se courraient tous après se le piquant dans le bec l’un l’autre.
Poc, une autre mirabelle tomba à ses pattes. En quelques coups de bec il dégustait sa chair tendre, et même si le noyau était trop gros, quel régal. Cela lui remis la foi. Le nirvana existe bien autour de nous et contrairement à ce que les autres en disent, ils en connaissent certaines manifestations.
Se renseignant alors auprès d’une vieille poule pondeuse, il apprit qu’effectivement les mirabelles tombaient tous les ans , mais qu’ils fallait se dépêcher d’en profiter, parce que dès que les premières commençaient à tomber, les fermiers les cueillaient les autres. Et effectivement, arrivait la famille avec de grands paniers pour la récolte.
Profitant d’une porte trop longtemps ouverte voilà notre poussin qui s’en va plein d’ardeur au jardin de ses souvenirs. il le retrouve vite et fait la découverte de la verte rhubarbe, des myrtilles bleue(t), des cassis indigo, des mûres noires et dans l’ivresse de ces saveurs, il s’abandonne à une petite sieste sous un néflier.
Mais ses rêves sont troublés par une teinte orange, qui lui rappelle amèrement la frustration de n’avoir pu déguster cette couleur.
Réveillé en sursaut, il reprend lentement ses esprits en se souvenant des différents rouges de son enfance et commence à entrevoir la possibilité qu’il puisse y avoir d’autres oranges. Et effectivement, à ce moment là tombèrent quelques nèfles bien mûres (ça lui tombe souvent tout cuit dans l’bec!!) . Ce fût le banquet final de cette histoire et le petit poussin s’en retourna, tranquille, conforté dans l’idée que tout est là, suffit de le voir.